Estela Klett (directora).
Artículos de
Irma Biojout de Azar, Beatriz Díez,
Ana María Filippini, Claudia Gaiotti, E. Klett,
Juliana Montarcé, Rosana Pasquale, Sandra Pedrini,
Daniela Quadrana y Nilda Venticinque.
Le français à la loupe : aspects
linguistiques et socioculturels
1ª
ed. - 2008 - 164 p. - 21x16 cm.
Ciencia y Técnica: «Lenguas» - [ensayo]
ISBN 978-987-9443-21-7.
La richesse de la langue française transparaît dans cet ouvrage, fruit de la collaboration d’une dizaine d’auteurs signant neuf articles. Focalisés sur l’enseignement du français en Argentine, les articles contribuent, chacun à leur manière, à interroger les notions de contraste ou de comparaison. La réflexion se nourrit de données pratiques à travers des exemples précis et d’éclairages théoriques, les unes fécondant les autres et réciproquement. Les points suivants ont été traités :
• La distribution de « dont et
duquel », l’emploi de « en », la
réponse « si », et l’utilisation
de certains chiffres ;
• la terminologie juridique et la
traduction ;
• les voix sociales du sens
commun et les stéréotypes
dans le discours didactique ;
• la phraséologie contrastive dans
le domaine temporel : « vitesse-
lenteur » ;
• le diminutif en français et en
espagnol ;
• la métaphore dans la presse
française ;
• les locutions imagées et leur
histoire ;
• les connecteurs restrictifs ;
• le lexique et son enseignement.
Loin de dresser un tableau définitif des problèmes linguistiques et socioculturels abordés, le livre possède un caractère ouvert et dynamique étant donné les perspectives scientifiques qui y sont développées et les champs discipli-naires donnant naissance aux multiples exemples. On mesure bien que l’ouvrage est susceptible d’apporter à tout lecteur concerné par l’enseignement de la langue française. Sans aucun doute, étudiants, professeurs et chercheurs y trouveront chaussure à leur pied !
Préface
Voilà recensées dans « Le français à la loupe : aspects linguistiques et interculturels » des particularités lexicales, grammaticales et socioculturelles concernant la langue française courante. Ces attributs grossis par la loupe et examinés avec minutie par les auteurs, ont été relevés à partir des questions posées par des enseignants, des traducteurs et des étudiants avancés lors des rencontres, des congrès et des cours faits. Une équipe de professeurs qui proviennent de formations différentes et des institutions variées du pays s’est penchée sur des sujets linguistiques ou culturels pour les analyser de façon théorico- pratique, souvent dans une optique contrastive. De nombreux exemples illustrent les articles afin d’assurer leur didacticité. Regardons de près les présentations.
Irma Biojout Azar dans son étude « De la grammaire à la carte » offre une réflexion profonde et minutieuse sur quatre problèmes épineux de la langue française. En effet, à partir d’une enquête faite auprès des étudiantes de la deuxième année du Traductorat et du Professorat de Français, l’auteure établit les sujets ponctuels de grammaire que les apprenantes interrogées voulaient voir développés en fonction de leurs besoins. Elles en ont proposé quatre : la distribution de dont et duquel ; l’emploi de « en » comme substitut d’un Nom [+H] ; la réponse « si » après une phrase affirmative-négative ou interrogative-négative ; le système de numération du français et l’emploi particulier de certains chiffres. L’objectif du travail étant donc d’étudier ces cas, l’auteure propose, tout d’abord, un aperçu historique de chaque item, puis une fine analyse grammaticale établie à l’aide de nombreux exemples et, enfin, une conceptualisation précise et dynamique qui aide à éclaircir les doutes tout en facilitant le stockage en mémoire.
Le travail de Beatriz Diez « Terminologie juridique et traduction : une histoire d’écarts et de rencontres » propose un abordage historique de quelques exemples d’équivalence entre des termes juridiques utilisés en France et en Argentine, ce qui lui permet de montrer des similarités, des différences ou des modifications. Cet abordage diachronique du langage juridique, fait à l’aide d’outils à vocation encyclopédique, fait état d’une richesse et d’une diversité qui reflètent sans doute les besoins de chaque époque, ainsi que les réponses données à ces besoins, la langue du droit étant avant tout un phénomène social. Travail interminable et fragmentaire, la découverte de la sédimentation de la culture dans les mots de spécialité, avec lesquels il travaille, élargit la « compétence encyclopédique » indispensable chez un traducteur, et engage en plus son affectivité en termes d’appartenance à une tradition. L’auteure se borne presque exclusivement aux « nœuds » de la langue juridique, à l’exclusion des « mots de soutien » qui les mettent en relation. Elle écarte les aspects syntaxique et stylistique et ne retient qu’une perspective sémantique centrée sur la diachronie ainsi que sur l’origine et l’évolution des mots.
Ana María Filippini, dans son article « Une analyse contrastive français-espagnol. Des expressions qui filent à l’anglaise » offre une étude des unités phraséologiques du français et de l’espagnol dans un domaine temporel bien précis. Les unités phraséologiques d’une langue servent assez souvent à illustrer des problèmes généraux de traduction, témoignant ainsi de l’importance de ce phénomène linguistique dans le domaine de la traductologie. Pour sa part, la phraséologie contrastive se propose, entre autres, de déterminer les ressemblances et les divergences existantes entre les univers phraséologiques de deux ou plusieurs langues, et d’étudier, par la suite, les correspondances interlinguistiques et intralinguistiques. Dans cette analyse, l’enseignante met en parallèle un corpus bilingue français-espagnol à partir d’un domaine de référence précis : vitesse-lenteur / rapidez-lentitud. Pour ce faire, elle analyse les traits inhérents aux phrastiques, les (in)équivalences des phraséologismes, les classes de synonymie avec les variantes synonymiques, les classes d’antonymie des énoncés concernés et, enfin, elle fouille les sources du contenu culturel de deux expressions relevées. Pour elle, la classe de FLE (Français langue étrangère) constitue un cadre privilégié de travail pour encourager des analyses contrastives dans le domaine de la phraséologie.
Le travail de Claudia Gaiotti « Les voix sociales du sens commun. Stéréotypes et imaginaires dans le discours didactique » analyse l’imbrication des voix sociales dans un certain nombre de manuels destinés à l’apprentissage d’une langue étrangère. Pour ce faire, elle a collecté une série de stéréotypes et d’imaginaires discursifs qui circulent dans des manuels de Français Langue Etrangère (FLE). Elle a constitué un corpus de représentations qui véhiculent différentes valeurs sociales et témoignent de la prégnance, multiple et variée, du sens commun dans le discours. Elle fait l’hypothèse que ces voix sociales deviennent des vecteurs idéologiques qui traversent les échanges quotidiens. L’intérêt de son travail porte donc sur les effets que ces représentations assument en situation d’apprentissage d’une langue étrangère.
Dans sa présentation: « Étude contrastive du diminutif en français et en espagnol » Estela Klett trace, d’abord, un rapide panorama de l’évolution des études contrastives à partir des bases données par Weinreich (1953) et Lado (1957). À l’aide de nombreux exemples, elle montre l’importance du diminutif en espagnol ainsi que les multiples nuances affectives soit hypocoristiques soit péjoratives. Après avoir fait le tour des suffixes utilisés pour construire des formes diminutives en espagnol et en français, elle observe de près les classes de mots qui acceptent un diminutif. L’étude contrastive lui permet de souligner, d’un côté, que le suffixe très économique « ito/a » de l’espagnol peut être appliqué à une gamme très large de mots : des substantifs, des noms propres, des adjectifs, des participes, des pronoms, des interjections et des verbes. De l’autre, elle remarque que les formes françaises diminutives sont peu fréquentes avec un suffixe et se construisent souvent avec un adjectif antéposé ou une périphrase.
L’article de Julieta Montarcé « La métaphore dans la presse française » analyse l’emploi de celle-ci dans les principaux quotidiens français à la lumière de la linguistique cognitive. À partir notamment de l’ouvrage de Lakoff et Johnson (1985), cette branche de la linguistique se consacre à l’étude de la métaphore dans la vie quotidienne. Ce processus cognitif constitue un mécanisme pour comprendre et exprimer des situations complexes en se servant des concepts plus simples et connus. La métaphore n’est pas un trope isolé produit de l’imagination d’un auteur mais un mécanisme de la pensée nous permettant d’organiser et de mieux comprendre nos expériences. Elle est tellement ancrée dans le système conceptuel que la plupart des individus s’en sert de manière inconsciente. L’objectif poursuivi est d’établir les caractéristiques essentielles de la métaphore et d’en faire un classement à partir des expressions métaphoriques de la presse. Des équivalents métaphoriques en langue espagnole sont également proposés.
Dans « Le passé ‘‘ recomposé ’’ à la rescousse du sens », Rosana Pasquale se penche sur les locutions dites imagées ou encore toutes faites ou figurées de la langue française. Composées d’unités lexicales nombreuses et imprévisibles, elles sont, de ce fait, d’un maniement délicat pour le locuteur non-natif. Dans cet article, l’enseignante nous propose de faire un voyage linguistique à travers le temps, des Francs au XVIIe siècle, à la recherche des circonstances sociales et historiques qui ont servi à forger un certain nombre d’expressions, couramment utilisées à l’heure actuelle en français, dont le sens n’est pas évident. Elle tient à resituer ces locutions dans leurs contextes originaux, faits de coordonnées spatio-temporelles et d’acteurs sociaux, afin de déceler leur sens initial. Or, la restitution du sens d’origine ne saurait suffire quand des changements ou des glissements sémantiques sont intervenus au cours du temps. Dans ces cas donc, elle montre avec clarté ces phénomènes et identifie le sens actuel des locutions concernées.
Sandra Pedrini et Daniela Quadrana, dans leur contribution « Étude contrastive de six connecteurs restrictifs » abordent un sujet quelque peu flou de la grammaire du français. En effet, il est fréquent de constater, lors de la lecture des ouvrages abordant l’étude des connecteurs, que, d’un côté, il n’en demeure pas moins que, il n’en reste pas moins que, il n’en est pas moins (vrai) que sont pris comme des synonymes; de l’autre, toujours est-il que et quoi qu’il en soit sont considérés des expressions de signification voisine au même titre que toujours est-il que et il n’en demeure pas moins que. Par ailleurs, quoi qu’il advienne et quoi qu’il en soit sont en apparence similaires du point de vue morphologique et sémantique. Dans le présent travail, elles se proposent donc de décrire le fonctionnement de ces six connecteurs selon leurs orientations argumentatives afin de dégager leurs contextes d’occurrence spécifiques et d’analyser leur degré de parenté.
La présentation de Nilda Venticinque « Le poids du signifiant dans la construction du sens » offre au lecteur une réflexion sur le lexique et son enseignement. Nous savons bien que les aspects lexicaux constituent la grande hantise de tous ceux qui étudient une langue étrangère. L’obsession de la signification d’un mot traverse tous les stades de l’appropriation du code linguistique car on y dépose tous les espoirs de compréhension. En effet, le vocabulaire est considéré par la grande majorité d’apprenants comme la clé du sens. La fixation et la stabilisation du lexique pose des problèmes de tout ordre: mnésique, pédagogique, linguistique, psychologique, affectif. Le stockage de mots dont on connaît le signifié est rassurant. En revanche, l’absence de vocabulaire crée un vide angoissant qui peut bloquer les possibilités d’expression et de compréhension aussi bien à l’écrit qu’à l’oral. Pourtant, ces problèmes seraient à éviter si enseignants et apprenants pouvaient avoir un autre regard sur les unités lexicales qui jouissent d’un potentiel, d’une richesse et d’une souplesse sans pareil.
La richesse de la langue française transparaît dans cet ouvrage, fruit de la collaboration d’une dizaine d’auteurs signant neuf articles. Focalisés sur l’enseignement du français en Argentine, les articles contribuent, chacun à leur manière, à interroger les notions de contraste ou de comparaison. La réflexion se nourrit de données pratiques à travers des exemples précis et d’éclairages théoriques, les unes fécondant les autres et réciproquement. Ce livre, loin de dresser un tableau définitif des problèmes linguistiques et socioculturels abordés, possède un caractère ouvert et dynamique. Les perspectives scientifiques qui y sont développées et les champs disciplinaires variés qui ont donné lieu aux exemples fournis invitent l’étudiant ou le chercheur à la lecture de cet ouvrage. La diversité des supports et des types d’analyse fait de ce recueil un témoignage sur l’état de l’art dans le domaine des études linguistiques et socioculturelles contrastées.
Estela Klett
Buenos Aires, le 5 mars 2008